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Documents Chellois

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Adeline II de Pacy

Trente et unième abbesse 1354-1363. Adeline était fille de Philippe seigneur de Nanteuil et nièce de Marguerite II de Pacy qui lui avait donné le voile. La nouvelle abbesse trouvait les affaires temporelles de la communauté singulièrement désorganisées par suite de calamités dont le pays était accablé. Le pape Innocent VI venait d’autoriser le roi de France à lever un dixième, puis un trentième sur tous les revenus ecclésiastiques, pour soutenir la guerre contre les Anglais. Les religieuses de Chelles avaient été taxées à 1600 livres. Les agents du fisc chargés d’opérer le recouvrement des subsides tenaient garnison dans le domaine des religieuses, y vivaient à discrétion et, par leurs exactions, augmentaient encore la détresse de l’abbaye. Adeline aurait eu peine à payer à bref délai une somme aussi forte. Dom Porcheron dit que peu de temps après la bataille de Poitiers, notre abbesse, ayant appris que le dauphin Charles se trouvait à Vincennes, s’y rendit incontinent avec 26 religieuses, se fit présenter au régent, lui donna connaissance de la situation pénible dans laquelle la maison de Chelles se trouvait et le supplia de lui venir en aide. Le prince lui accorda des lettres de répit qui reculaient le terme de l’exigibilité de la taxe et permettaient à l’abbesse de la payer en seize annuités, soit 100 livres par an jusqu’à parfait paiement (1356). Adeline, après avoir fait contrôler ses lettres de répit  par la chambre des comptes, en fit signifier une expédition aux commissaires royaux qui cessèrent immédiatement leurs déprédations. Indépendamment des 1600 livres, l’abbesse dut encore payer au roi des subsides très onéreux. En effet la dame de Chelles fut dans la nécessité de payer pour se rédimer du service féodal auquel ses seigneuries étaient tenues pour leur part dans les levées de ban et de l’arrière-ban auxquelles le roi Jean avait été forcé de recourir. Avec l’aide d’un homme d’affaires digne de ce nom et d’un bon conseil, attentif aux intérêts de sa maison et d’une probité reconnue, Adeline remonta les finances de l’abbaye en moins de deux ans. L’abbaye de Chelles vit ses dettes acquittées, ses bâtiments réparés, ses fermes remises sur pieds et ses religieuses dans une heureuse abondance. A cette époque, la profession monastique entraînait la mort civile. Une fois les vœux prononcés, la religieuse devenait une chose appartenant à la communauté. Sous Adeline de Pacy, on voit une religieuse, Jeanne du Lys, placée à l’abbaye, contre son gré, par son père et son frère,  pour lui interdire d’hériter. Après avoir attendu le décès de son père et de son frère, Jeanne se sauva du couvent pour se marier et suite à son départ, un jugement lui rendit ses droits civiques. A la suite de l’épouvantable défaite de Poitiers, tout le royaume était plongé dans la consternation et le désordre. Tandis que le peuple de Paris, conduit par Etienne Marcel, son prévôt, égorgeait d’innocentes victimes sous les yeux du Dauphin, des seigneurs plus coupables encore se livraient sur les habitants des campagnes aux plus odieux traitements. On vit grandir un sourd travail de haine des classes populaires contre les nobles et les riches. Dans l’ile de France et la Picardie, cette lutte s’organisa sous la conduite d’un chef nommé Jacques Bonhomme, d’où vient le nom de Jacquerie. Les jacques se levèrent en masse. Leur règne fut court. Il ne dura que six semaines. Le pillage, le meurtre, le viol devinrent l’œuvre de chaque jour. La Brie fut mise à feu et à sang. Chelles subit le sort commun. Nos religieuses prirent la fuite. L’hôtel du mouton, situé près du cimetière Saint-Jean à Paris leur appartenait. Elles y demeurèrent pendant la tourmente révolutionnaire. Lorsque le Dauphin vint camper à Chelles, 22 juin 1358, pour s’opposer aux entreprises du roi de Navarre et réprimer les excès de la jacquerie, ce prince trouva le monastère affreusement saccagé. Les Anglais, à leur tour, étaient venus ajouter leurs brigandages. Après avoir pillé Lagny, ils avaient pillé Chelles. La dévastation était partout. Revenues à Chelles, après une émigration de deux mois, les religieuses se trouvèrent dans un dénuement tel que pour vivre elles durent se résoudre à vendre tous les objets précieux, soit en or, soit en argent, qu’elles avaient pu sauver ; tels que croix de diverses grandeurs , calices, chandeliers, la couverture du missel Saint-Eloy, sans compter la chasse de sainte Bathilde qui était en or massif. Dom Porcheron accorde les plus grandes éloges à la sage administration d’Adeline; il dit qu’elle sut faire rentrer dans le domaine de l’abbaye tous les biens usurpés, terminer tous les procès commencés, réparer tous les bâtiments conventuels et autres , veiller à ce que ses nonnes fussent pourvues de tous les objets nécessaires, que sans diminuer ses aumônes elle parvint dans l’espace de deux ans à payer toutes les dettes de la communauté, qu’elle fit toujours observer la discipline, en donnant elle-même l’exemple et respectant les plus petites observances, enfin qu’elle mit à la tête de l’administration des biens de l’abbaye un homme d’affaires digne de ce nom, vigilant, attentif, probe, entièrement dévoué aux intérêts de la maison. Quoi qu’il en soit, dom Porcheron ajoute que des rapports calomnieux dans lesquels Adeline était accusée de s’occuper exclusivement du temporel, de passer tout son temps en procès et de négliger tout le reste étaient parvenus à l’évêque de Paris; que sous l’impression de ces dénonciations, l’évêque avait ordonné qu’une visite épiscopale aurait lieu à Chelles, mais que l’abbesse ayant fourni les justifications les plus probantes, il avait fini par y renoncer. Adeline rendit son âme à Dieu en 1363. (DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326).  (BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques) (L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)

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Petronille II de Paroy

Trentième abbesse 1348-1354 Pétronille II de Paroy à qui les religieuses confièrent le gouvernement de l’abbaye après la mort de Marguerite, se trouva dans une détresse égale à celle que cette dernière avait éprouvée : « On ne pouvait rien tirer ni des receveurs ni des fermiers, tant le royaume était à l’étroit et chargé d’impôts. Le temporel de l’abbaye était alors dans le plus grand désordre par la négligence de son procureur ». Guillaume du Mail, Grand Prieure de France, frère de Pétronille, vint à son secours. Il lui prêta 400 livres dont il ne demanda jamais le remboursement. D’après un livre de compte longtemps conservé, le nombre des professes était toujours de 80. Parmi ces dernières était Mathilde, fille de Guillaume, chevalier, seigneur de Montfermeil. Il légua à sa fille un arpent de ville, pour faire retour, après sa mort, à l’infirmerie du monastère (1350). En 1349, l’abbesse Petronille de Paroy fut obligée de se rendre à Paris pour y promettre obéissance à l’évêque et à l’Église de Paris. Cette cérémonie devint en usage dès le temps de l’abbesse Ameline morte en 1205. L’abbesse Pétronille avait commencé son gouvernement dans une pauvreté extrême et elle mourut de même disent les auteurs de la Gaule chrétienne, par les friponneries, les fraudes cachées, et les rapines de l’homme d’affaires de la maison. Pétronille mourut en 1354. (DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326).  (BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques) (L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)

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Marguerite II de Pacy

Vingt-neuvième abbesse 1317-1348 Marguerite de Pacy, fille de Philippe Ier, marquis de Pacy, de la maison de Chatillon-sur-Marne,  était trésorière de sa maison lorsqu’elle fut élue abbesse au mois de juillet 1317. Marguerite II devait être douée d’un caractère singulièrement énergique, et son administration, qui ne dura pas moins de 31 ans, peut être considérée comme une des plus importantes de cette période. On sait que depuis le règne de Philippe Ier, les habitants de Chelles avaient joui de certains privilèges de commune et que les abbesses avaient presque toujours vécu en assez mauvaise intelligence  avec leurs sujets. Les Chellois s’étaient donné un maire et des jurés, avaient une maison commune dans laquelle ils se réunissaient pour délibérer sur les affaires de la communauté, et n’avaient pas craint d’usurper un sceau particulier dont ils scellaient leurs délibérations.  Or la dame de Chelles ne désirait rien tant que l’abolition définitive de privilèges qui gênaient son autorité seigneuriale. Au début de sa prélature, Marguerite II engagea résolument la lutte avec ses justiciables et, finalement obtint l’abolition de leur commune.  En 1319, lorsque la lutte entre l’abbesse et la commune éclata, les lettres patentes de Philippes Ier étaient probablement détruites, mais la charte de confirmation donnée par Louis le Gros en 1128 se trouvait dans le trésor des chartes, à la Sainte-Chapelle de Paris. A cette époque, il était extrêmement difficile de s’en procurer une copie. C’est dans ce dépôt qu’elle demeura jusqu’au dix-septième siècle en attendant que Pierre Dupuy vînt l’inventorier et que dom Martène la fît imprimer. La défaite des Chellois doit être attribuée moins à leur propre ignorance qu’à la négligence de leurs aïeux.  Quand on parcourt le Recueil des ordonnances du Louvre, on voit que les bourgeois des communes prenaient les plus grandes précautions pour conserver leurs chartes, et quand ces chartes avaient été détruites dans le cours de quelque guerre, les intéressés  s’empressaient de les faire renouveler. Or, la période comprise entre le règne de Philippe Ier et l’année 1319 n’embrasse pas moins de deux siècles et demi et comprend huit règnes. Dans le cours de cette longue période, il ne paraît pas que les Chellois  n’aient jamais demandé la confirmation de leurs privilèges. Il paraît au contraire que, pleins de confiance dans leurs coutumes notoires, ils n’eurent jamais la pensée de les faire confirmer. La victoire de l’abbesse devait avoir un revers. La rancune des Chellois ne devait pas tarder à se manifester. Dans le cours de l’été suivant, les sergents de l’abbaye ayant arrêté le nommé Rély Thibourt, dernier maire de Chelles, accusé de certains délits, le conduisaient à la prison, lorsque quelques habitants se jetèrent sur les sergents, délivrèrent le prisonnier et le reconduisirent jusqu’à sa maison en criant : Commune! Commune! Défendons Rély notre maire. Sur ces entrefaites, un nommé Pierre Thibourt, s’étant mis à la tête d’une foule de gens évaluée à 200 personnes au moins, était venu  à la rescousse avec armes en criant : Haro! Haro! sur les sergents, était tombé sur ces derniers et les avait atrocement blessés. Toute cette foule de gens prouve que dès le quatorzième siècle Chelles était un bourg très peuplé, car, dans cette foule,  on y voit figurer un médecin, un orfèvre, des artisans de diverses professions, notamment des peaussiers. On y voit aussi parmi les délinquants, une femme et trois hommes que l’on désigne par la qualification d’Anglais. Ce recours à la justice que l’abbesse Marguerite se vit forcée d’avoir lui causa beaucoup de sollicitude. Le comte de Roucy s’était emparé des droits de justice que le monastère possédait dans le Gâtinais. Le vassal dut se soumettre aux justes revendications de l’abbesse. Elle obtint du roi Philippe de Valois la restitution de 300 arpents de bois donnés par engagement à Guillaume de Garlande et confisqué ensuite au profit di fisc royal en conséquence de la disgrâce de ce seigneur. En 1331, jean de Pacy, bourgeois de Paris et sans doute parent de l’abbesse, signe en sa qualité de propriétaire du moulin du Prévost, une transaction avec la communauté. En 1335, Philippe de Valois fait une fondation de messes à célébrer sur l’autel de Saint-Pierre, dans l’église de Chelles. En 1343, Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe VI, donne au monastère l’ile dite de « Sainte-Bathilde », située dans la rivière de Marne, non loin de Gournay et près du moulin aux « Saints « qui appartenait à l’abbaye ainsi que le moulin du « Prévost ». Jeanne de Bourbon, femme de Charles V, par lettres datées de Crécy, accorda plus tard la haute justice du couvent sur ce dernier moulin (1367). Charles VI confirma ce droit en 1405. Les dames avaient également droit de censive seigneuriale sur une autre île nommée « Chasserat » (1205). L’abbesse Marguerite observa toujours, à l’égard des supérieurs ecclésiastiques, les rapports des plus hautes convenances. Entre les visites qu’elle reçut pendant son administration, elle eut celle de l’évêque de Paris. L’abbesse lui fit une réception magnifique. Elle fut d’une prodigalité princière envers le prélat. Elle lui offrit de riches présents en argenterie et en pierreries. C’était sans doute des présents que les filles nobles apportaient au monastère en y entrant et en se consacrant à Dieu. Marguerite n’oublia pas les pauvres. La veille de la fête de Sainte-Bathilde de l’an 1334, elle ordonna une aumône générale où il se trouva plus de 1200 pauvres  à qui on donna à chacun une obole. Elle faisait de même pour les religieuses, les frères et les sœurs que l’on appelait « rendus », ou dans d’autres endroits, « oblats » ou « commis ». C’était des personnes de l’un et de l’autre sexe  qui se rendaient au monastère pour leurs services. Les hommes, appelés « oblats », s’occupaient des travaux du dehors, et les femmes, appelées « rendues », des travaux du dedans. Les monastères possèdent encore aujourd’hui pour remplir les fonctions de domesticité, des frères « lais » dans les couvents d’hommes, et des sœurs « converses » dans les couvents de femmes. Dans la règle de Chelles, les converses étaient soumises à des statuts spéciaux. L’acte de réception était consigné dans

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