Alix Ire Clignet d’Othis
Vingt-huitième abbesse 1311-1317 Alix était fille de Guillaume de Clignet, chevalier, seigneur d’Otis et de Laurence d’Otis. Elle était à l’abbaye avec ses deux sœurs, Jeanne et Marguerite. Du temps de l’ancienne abbesse, sa mère avait donné à l’abbaye 250 livres pour attirer sur elle et sur sa famille les bénédictions du ciel. De toutes les filles nobles qui s’étaient consacrées à Dieu dans le monastère de Chelles, Alix Clignet d’Othis fut choisie pour en être abbesse tant à cause de son mérite personnel que par ses vertus. Elle était charitable et maternelle avec ses sœurs en santé et en maladie. Elle avait une attention pleine de zèle pour la régularité des offices divins. Alix avait pour religieuse Marie de Beaumanoir, fille du seigneur de ce nom, qui lui apporta en entrant dans sa maison, la somme de 500 livres qu’elle affecta au soulagement des malades. On la trouvait toujours auprès des malades ou à la tête de tous les exercices régulier, particulièrement à l’office divin. L’administration d’Alix ne dura que six ans. Une mort prématurée l’enleva à l’affection de ses filles en 1317. (DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326). (BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques) (L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)
Adeline de Nanteuil.
Vingt-septième abbesse 1280-1311 On apprend par des lettres du Roi Philippe le Hardi datées du vendredi avant les brandons (1er dimanche de Carême) qu’après la mort de Mathilde de Nanteuil, le siège abbatial de Chelles resta plusieurs années vacant. D’après la charte royale, datée de 1281, ce ne serait pas que le siège abbatial seulement qui serait resté vacant, mais l’abbaye toute entière qui aurait été abandonnée. « Philippe par la grâce de Dieu roi des Français à tous nos baillis, prévôts et justiciers salut. Nous avons appris que l’abbaye de Chelles étant restée longtemps vacante et, quoique des gardiens eussent été préposés par nous pour la conservation de ses droits, de ses possessions et de ses biens, les dits gardiens ont permis que ces droits et possessions fussent usurpés. C’est pourquoi nous vous mandons que vous fassiez remettre l’abbaye en possessions et saisine de tous ses biens en l’état où ils étaient, lorsque, par la suite de la vacance de ladite abbaye, nous les avons pris sous notre garde… Fait à Paris le vendredi avant les brandons l’an du seigneur mil deux cent quatre-vingt-un ». De cette charte royale il résulte que le monastère de Chelles, évacué par ses habitants, était resté vacant pendant un certain temps. En effet on n’aurait pas eu besoin d’y placer des gardiens s’il n’avait pas été complètement abandonné. Une ordonnance royale enjoignit à tous particuliers qui se seraient emparés des biens, privilèges et autres droits du monastère, de les restituer sans délai. Le prince envoya des gardes royaux chargés de faire exécuter ses volontés bienveillantes envers le couvent et de le protéger envers les malfaiteurs. Adeline de Nanteuil que l’on dit nièce de Mathilde fut élue vers 1280, s’acquit une grande réputation d’activité, de sagesse et de régularité. Simon, évêque de Paris, lui confia deux de ses nièces et supplia de les admettre au nombre de ses religieuses si elles en avaient les qualités requises. Pierre évêque de Senlis lui permit, en 1292, de dire la messe dans sa chapelle de Baron et d’y célébrer l’office divin quand elle y serait avec quelques unes de ses religieuses. Cette réputation de l’abbesse Adeline lui attira la confiance de plusieurs seigneurs et des bienfaits pour sa maison. Raoul de Préaux seigneur de Renneval et sa femme Pétronille de Nanteuil, sœur de l’abbesse, la fréquentaient souvent, y ayant une fille religieuse sous la conduite de sa tante. Ils se servirent de Pierre de Mitry, chapelain de Saint-Georges pour proposer la donation d’une maison et de 45 arpents de terre qu’ils avaient acheté au territoire de Chelles. Ils apposèrent des conditions sur le produit annuel de ce fond: on en donnerait 6 livres à la prieure pour l’achat des amandes à Lagny , que l’on distribuerait à toutes les religieuses, 20 sols à la trésorière pour qu’elle fournisse des cierges qu’elle ferait allumer à toutes les grandes messes pendant l’élévation, 20 sols pour l’augmentation de quatre cierges aux services et enterrement des religieuses, de 6 sols à ceux des officiers de la maison et que le restant serait appliqué pour l’acquit d’un anniversaire pour le repos des âmes des bienfaiteurs. Les clauses de cette donation rappelèrent à l’abbesse Adeline et à sa communauté l’ancien usage que l’on observait à la mort de chaque religieuse. La coutume était que l’on donnait aux pauvres toute la dépense annuelle de la religieuse décédée tant en nourriture qu’en entretien, et ce pendant un mois seulement et avec une trentaine de messes C’est ce que l’on appelait une prébende. Elle proposa à la communauté de rétablir l’ancien usage : une messe quotidienne sera célébrée à l’intention de la religieuse défunte ; le prêtre chargé de la dire logera dans les dépendances extérieures de la maison, et, à la prébende de la défunte qui lui sera servie pour ses besoins, on ajoutera deux mesures de vin par jour. Et il fut ajouté que dans le cas d’un double décès dans l’année, l’occurrence sera toute au profit des pauvres. Laurence d’Othis veuve de Guillaume de Clignet, chevalier avait trois filles religieuses à Chelles, Alix, Jeanne et Marguerite et en les visitant elle s’édifia de la ferveur avec laquelle on s’acquittait du devoir de l’office divin. Elle voulu y participer en donnant à l’abbaye 250 livres pour attirer sur elle et sur sa famille les bénédictions du ciel. La communauté reconnaissante du bienfait s’engagea à une grande messe des défunts. Pour cette intention elle chargea un prêtre de la dire à la chapelle Sainte-Bathilde. On trouva un fonds de 12 livres 10 sols de rente pour son entretien. Mathieu de Roy avait également plusieurs filles religieuses à Chelles. L’abbaye ayant quelques arpents de vigne dans le Gâtinais, Il concéda « un buffet de vin » au profit de la communauté. Le « buffet de vin » était un droit seigneurial de vendre du vin moyennant certains privilèges. Cette concession fut toute gracieuse et libre de toute charge. Elle produisait 12 livres 10 sous. On trouve encore, parmi les religieuses de Chelles en ce temps ci, Éléonore de Melun de l’ancienne maison de ce nom. Son père Jean de Melun maréchal de France et grand chambellan, rendit de grands services au roi Philippe V dit le Long. Si l’on en juge par quelques uns de ses actes, l’administration d’Adeline n’aurait pas été inutile pour l’abbaye. C’est Adeline qui provoqua l’enquête de 1286 de laquelle il résulte que l’abbesse de Chelles y a la haute justice. C’est également sous son administration que fut complété l’acquisition du fief de Pomponne. Suivant les énonciations du vieux cartulaire, Adeline aurait acquis des Templiers certains cens que ces derniers possédaient à Chelles. Avant de mourir, Adeline n’oublia pas de faire une fondation pour le repos de son âme. Elle avait reçu de sa famille la somme de 200 livres. Elle acheta 42 arpents de bois et en retira un revenu de 10 livres par an consacrées à la célébration d’un service annuel le jour de sa mort pour le repos de son âme. Elle ordonna qu’en

Mathilde V de Nanteuil
Vingt-sixième abbesse. 1250-1274. Mahaut ou Mathilde V doit son origine à la petite ville de Nanteuil au diocèse de Paris. Elle eut deux frères Jean et Radulfe (Raoul) de Nanteuil. Le premier devint évêque de Troyes et le second évêque de Beauvais. Elle avait aussi deux nièce que laissa un frère aîné, l’une épousa Radulfe de Préaux seigneur de Renneval et l’autre s’étant rendue religieuse à Chelles en devint abbesse après sa tante. Avant d’être élue abbesse Mathilde remplissait les fonctions de prieure. La charge de prieure est d’une certaine importance dans la direction spirituelle et temporelle d’une communauté. Élue abbesse, Mathilde était d’une capacité peu commune dans les affaires les plus importantes, vertueuse, vigilante pour le droit de la maison, zélée pour l’observance des anciennes pratiques ; mais, en plusieurs circonstances, elle oublia sa qualité de Mère, écoutant trop son penchant à l’autorité absolue, despotisme toujours dangereux quand il n’est pas tempéré par les sentiments de la tendresse du cœur et de la discrétion. On rapporte qu’elle se faisait obéir avec une autorité trop rigoureuse, et qu’elle exigeait des satisfactions au-delà des délits. Les moines de Chelles, qui formaient ce que l’on appelait la Congrégation de Saint-Georges, ayant eu la prétention de faire dans les bâtiments qu’ils occupaient, certains actes de propriétaires, trouvèrent chez la nouvelle abbesse la même résistance qu’ils avaient autrefois rencontrée chez Mathilde IV. A la demande formelle de l’abbesse, les moines reconnurent qu’ils n’avaient aucun droit de propriété sur les bâtiments en question ; qu’ils en avaient uniquement la jouissance en vertu d’une faveur spéciale. Jean Saradin, curé de Saint-Georges avait célébré quelques mariages sans la permission de l’abbesse. Mathilde exigea qu’il lui demandât pardon en présence de l’évêque de Thérouanne et de quelques autres personnes. Frère Gilbert, chargé du soin d’administrer l’Hôtel-Dieu, avait semé la division autour de lui, en outre il avait adressé des plaintes à l’évêque de Paris sans la permission de l’abbesse. Celle-ci, sans avoir égard aux sollicitations du même évêque de Thérouanne, qui priait Pétronille d’épargner à frère Gilbert une humiliation, condamna ce dernier à jeuner au pain et à l’eau pendant trois jours et lui retira les clefs de l’Hôtel-Dieu. l’hôtel-Dieu, dont il vient d’être question , a été peu connu.« je ne l’ai pas trouvé , dit l’abbé Lebeuf, dans le catalogue des maisons-Dieu exemptes en 1351. En cette année-là , c’était la léproserie de Gournay qui servait pour les malades de Chelles. Il y avait cependant un hôpital à Chelles. La chapelle de cet hôpital , du titre de Saint-Michel, avait été détruite par les guerres ». Un plan des biens de la famille Trinquand relevé par Nicolas Mottet, maître d’école en 1750, indique plusieurs pièces de terre appartenant à cet Hôtel-Dieu, entre autres deux pièces de vigne données par Collet, de Pomponne , en 1249, et dont le titre se trouve aux archives départementales. Dom Placide Porcheron qui rapporte ces actes de rigueur, ajoute que Mathilde faisait rendre la justice avec sévérité, mais avec exactitude, et partageait libéralement les amendes entre sa communauté et les officiers de justice. Cependant, dans les causes les plus graves, comme les pillages, les vols considérables et les meurtres, elle renvoyait les accusés devant le maire et les jurés. A cette occasion, dom Porcheron énonce un titre de 1247, duquel il résulte que l’abbaye de Chelles avait coutume de donner tous les ans, le jour de Pâques, au desservant de Saint-Georges, une galette avec un quartier d’agneau. Le Gallia Christiana et dom Porcheron reprochent à Mathilde d’avoir permis que ses religieuses reçussent des pensions dont elles pussent disposer à leur volonté. Dom Porcheron en cite même deux exemples, et considère, avec raison, que cette tolérance était préjudiciable à la discipline et qu’elle était la source des plus grands abus. Son caractère ferme et rigide étant connu, on s’étonne que Pétronille ait autorisé cette infraction à la règle. En 24 années de sa prélature, Mathilde enrichit le monastère de plusieurs acquisitions : 1250, Mathilde conclut une transaction avec Nicolas Regnault et Hugues de Pomponne sur le droit de minage, rouage, tonlieu et autres coutumes. l’acte est scellé du sceau de Nicolas de Pomponne, écuyer. 1254, Henri comte de Grand Pré, donne 20 sous de rente à percevoir sur le passage de Bondy, en reconnaissance des prières faites par la communauté pour son fils qu’il venait de perdre. 1256, l’abbesse signe une convention passée entre sa maison, le procureur fiscal et les habitants de Chelles. 1257, Tous les revenus et profits des chanoines sur la paroisse Saint-Georges sont acquis à la mense abbatiale. Cette église tombait en ruine, les bâtiments occupés par les ecclésiastiques étaient délabrés. Une reconstruction totale était devenue indispensable. Mathilde pris à sa charge tous les travaux de réparation, l’entretien des objets nécessaire au culte, sous la condition qu’elle prélèverait tous les revenus de la paroisse. En outre chaque chanoine s’engagea à lui payer 40 sous et chaque clerc 20 sous annuellement. En trois années, l’église et les logements des chapelains furent réédifiés. Depuis cette époque, les chanoines, les clercs et le chefcier de la paroisse tombèrent dans une absolue dépendance des abbesses. 1262, Mathilde achète de Thibault de Fontenelle la seigneurie, les terres et les droits qu’il possède à Montfermeil, moyennant la somme de 87 livres. Onze ans après , Guillaume de Baron se rendit propriétaire de ce domaine. Cependant la seigneurie est toujours restée comme mouvance en plein fief de l’abbaye de Chelles. 1262, Raoul de Gournay cède au monastère une maison tenant au cimetière de l’abbaye et à la chapelle Saint-Michel. 1263, Mathilde achète les biens dont jouissaient Bertrand et Nicolas des Prés, à Neuilly, en Beauvoisis. dans cette acquisition, elle prive ses successeurs du droit d’aliéner ce domaine pour quelle cause que ce soit. Les abbesses jureront sur les Saints Évangiles de garder fidèlement toutes les clauses du contrat notamment celles qui regardent le soulagement des malades, la nourriture et l’entretien des religieuses. Fidèles à ces engagements sacrés, le monastère conserva cette propriété jusqu’à la Révolution.
Pétronille Ière de Mareuil
Vingt-cinquième abbesse 1231-1250 N’étant encore que religieuse, Pétronille de Mareuil, moyennant 20 sous de rente fournis par sa famille, avait fondé un service annuel avec repas pour le repos de son âme, après sa mort. Après son élection qui eut lieu en 1231, Pétronille se fit un devoir de faire revivre un ancien usage, en vertu duquel, à la mort d’une religieuse, l’abbaye de Chelles faisait une aumône à celle de Footel (Malnoue), et que les nonnes de cette dernière abbaye reconnurent, dans les termes les plus humbles, que cette aumône était une libéralité volontaire et non due. Elle obtint également des chapelains de Saint-Georges un aveu semblable, à l’occasion des bâtiments qu’ils occupaient en dehors du monastère. En 1243, un conflit s’éleva entre la communauté et les chapelains, au sujet du diacre et du sous-diacre qui servaient à l’autel les deux messes solennelles célébrées chaque jour. Les chapelains soutenaient, non sans raison, que ces deux messes étant chantées pour relever les offices de l’abbaye, c’était à la maison d’en supporter les frais. L’abbesse, au contraire, prétendait que ces ministres devaient être une charge naturelle attachée à leur bénéfice. Pétronille se rendit aux motifs allégués par les chapelains. D’un commun accord, il fut convenu que les prêtres de Saint-Georges abandonneraient chacun cinq livres sur leurs revenus, en faveur de la communauté, à la condition que celle-ci supporterait tous les frais de nourriture et d’entretien des ministres, mais qu’ils seraient à la nomination de l’abbesse. Ces ecclésiastiques, outre les messes solennelles, devaient encore servir toutes les messes basses des chapelains. La convention stipula, en particulier, qu’ils n’auraient aucun droit ou partage des offrandes avec le semainier. On nommait ainsi l’officiant à la messe du matin; les offrandes constituaient en un pain semblable à celui du couvent, avec une pinte de vin, mesure de Saint-Denis, par jour, et, pour la semaine, un quartier de mouton, un minot de fèves ou de pois, une pinte d’huile avec une botte d’oignons. Et encore, nous voyons par un document de 1247, que le jour de pâques, on donnait à chaque chapelain une offrande dite raconlas, espèce de pain mollet, ou gâteau avec un quartier d’agneau. Ces détails nous montrent que les prêtres de Saint-Georges n’étaient plus nourris par le monastère, selon la convention du « pain du chapitre » faite en 1222, par Mathilde de Corbeil; qu’ils étaient rentrés en pleine jouissance des revenus de leurs prébendes. Pétronille fit plusieurs acquisitions entre autres elle acheta des administrateurs de l’Hôtel-Dieu de Gonesse toutes les dîmes qui sont entre Mitry et le Tremblay moyennant qu’elle leur paierait tous les ans trois muids de blé. En 1246, un chanoine de Saint-Georges, Laurent de Mitry, lui fit don d’un arpent de pré. Elle acquit encore la propriété de plusieurs maisons situées à Crécy, en vendit une à l’hôtel-Dieu de Chelles et conclut en 1248 un accord avec le chapitre de Meaux, touchant les dîmes de Coulombs et de Germigny. A la prélature de Pétronille Ière, en 1238, se rapportent plusieurs fondations d’obits et notamment la fondation par Mathilde, comtesse de Boulogne et de Dammartin, d’une lampe ardente qui devra brûler jour et nuit, devant l’autel Saint-Georges, pour le repos de son âme et de l’âme de son défunt mari, Philippe de France, comte de Clermont en Beauvoisis, surnommé Hurepel ou le Rude, second fils de Philippe-Auguste. La sage prévoyance qu’avait montrée Pétronille de Mareuil au début de sa prélature, lui fit défaut sur la fin. Une bulle d’Innocent III, adressée à Marie de Néry , portait défense aux religieuses de posséder des revenues privés. Pétronille eut la faiblesse de se prêter au renouvellement de cet abus. Deux sœurs Elisabeth et Éloïse, avaient reçu de leur famille une somme de 36 livres 10 sous pour en disposer selon leurs désirs. Fidèles à leurs vœux, les religieuses vinrent mettre cette somme aux pieds de l’abbesse. Celle-ci, touchée de cet acte, voulut les récompenser en leur accordant, leur vie durant, chacune 20 sous de rente à prendre sur la terre de Coulombs. Herbert de Gossenville, chanoine et chapelain de l’évêque de Paris, obtint une permission semblable pour ses deux nièces Émeline et Marie. On leur partagea annuellement 30 sous de rente , dont le fonds revint à la mense abbatiale après leur mort. Pétronille Ière mourut au mois de juin 1250 et fut remplacée par Mathilde V de Nanteuil. Elle portait pour armes de gueules au chef d’or le tout chargé d’un lion d’azur, avec lampasse et couronne d’or. Abbé J. DEGOUT, notice sur les abbesses de Chelles. (DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326). (BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques) (L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)
Marguerite de Nery.
Vingt-quatrième abbesse. 1230-1231. L’abbesse Florence fut remplacée par Marguerite 1re de Nery dont l’administration ne dura pas longtemps. Vingt ans avant cette époque, l’abbesse Marie de Nery avait une sœur dans l’abbaye nommée Marguerite, morte abbesse en 1208. N’y étant installée que tant d’années après, elle devait être dans un âge avancé, ainsi Marguerite n’occupa t’elle sa place que peu de temps. Dans son article sur Pomponne, l’abbé Lebeuf dit que Hugues, seigneur de ce lieu, aliéna au profit de Marguerite plusieurs droits qu’il possédait encore à Chelles, tels que ceux de péage, de rouage et de justice, ainsi que la redevance de 320 chandelles de cire que lui devaient les maisons du même lieu. L’évêque de Paris, Renoulf d’Homblière, en accorda plus tard (1286) des lettres d’amortissement. Durant sa titulature, une transaction est intervenue entre les religieuses et les moines de Gournay, aux termes de laquelle ces derniers cèdent aux religieuses trente sous parisis de cens sur plusieurs maisons situées à la porte de Chelles, près de la croix. On trouve également cette disposition testamentaire qu’après sa mort, on vendrait une maison dite de Faiquepaix, avec toute sa vaisselle d’argent et que la somme de cent livres qui en résulterait fut appliquée au repas de la communauté et de son clergé au service qu’on lui ferait tous les ans le jour de sainte Madeleine. Et il fut unanimement arrêté qu’on y ferait droit dans la suite et que pour l’assurance de la somme des cent livres on hypothéquerait la terre de Montfermeil dont la prieure aurait l’acte sous sa garde. Marguerite de Nery mourut en 1231 peu de temps après la déclaration de sa dernière volonté sans qu’on en sache ni le mois ni le jour. Elle était de même maison que Marie de Nery et portaient l’une et l’autre pour armes de gueule à six fleurs de lys d’or à la brochure de même, de la maison de Nanteuil le Haudouin. Abbé J. DEGOUT, notice sur les abbesses de Chelles. (DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326). (BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques) (L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)
Florence.
Vingt-troisième abbesse. 1223-1230. Elle commence à gouverner l’abbaye avant Pâques 1223 (N-S) et pour attirer sur son monastère les bénédictions du ciel elle fit une sainte société de prières avec l’abbé et les religieuses de Saint-Germain-des-Prés. Ces sortes de sociétés étaient fort en usage dans l’ordre de Saint-Benoît ainsi qu’il paraît par tous les nécrologes des abbayes tant d’hommes que de filles. A la mort de chaque religieux ou religieuse des maisons unies, on envoyait des lettres appelées rotulaires parce qu’elles étaient écrites en long rouleaux pour demander les prières convenues dans l’association. Quelques années après son élection, Florence et ses religieuses prièrent l’évêque de Chartres de régler un différent qui était entre elles au sujet de la présentation aux bénéfices. L’abbesse prétendait avoir seule le droit, les religieuses de leur côté, soutenaient qu’elles devaient y être appelées. Il fut réglé que l’abbesse ne pouvait présenter aucune nomination qu’après avoir eu le consentement de sa communauté; que si elle le refusait, celui que l’abbesse aurait nommé serait reçu pourvu qu’il eut les qualités requises. Le monastère de Chelles, outre les cures, avait six prébendes et six chapelles dont les revenus de ses petits bénéfices consistaient en 18 arpents de terre et vigne, 2 sols de rente et 9 setiers de blé. Les bénéficiers étaient logés dans un cloître séparé et avaient pain, vin, viande et potage. C’est ce qu’on nomme le pain de chapitre. En 1226, le monastère fut entièrement brûlé. Tous les ornements de l’église, l’argenterie et ce qu’il y avait de plus précieux fut réduit en cendres. Les religieuses étaient réduites à l’extrême misère. Elles se réfugient dans leur famille. Elle demande un abri à la charité publique. Mus par un sentiment de tendre passion, les abbés et les abbesses les plus illustres par leurs mérites firent une lettre circulaire la plus pathétique et la plus touchante et en laquelle ils exprimèrent par les termes les plus forts l’état désolant de cette sainte maison. Les abbés qui y souscrivirent furent ceux de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Denis-en-France, de Sainte-Geneviève, de Saint-Victor, de Saint-Magloire, de Saint-Maur-des-Fossés, de Livry, de Saint-Faron, de Rebais, les prieurs de Saint-Martin-Des-Champs, de Saint-Jacques-de-Paris, le prieur des frères mineurs et plusieurs autres. Les abbesses furent celles de Soissons, de Jouarre et de Faremoutiers, de Saint-Antoine-de-Paris, d’Hyères, de Saint-Rémy-de-Senlis, de Saint-Florentin et plusieurs autres. L’évêque de Paris s’intéressa également à ce grand élan de charité et, pour en développer le mouvement, il autorisa le transport, à travers la France, des saintes reliques qui avaient pu échapper aux flammes. Les offrandes furent généreuses. Elles suffirent au rétablissement du monastère. On commença par les bâtiments de première nécessité, les cellules d’abord, pour le logement des religieuses, les lieux réguliers ensuite, et enfin la réédification de l’église. A cette époque, l’art gothique atteignait sa perfection, les abbatiales s’élevaient avec leur riche architecture. Telle fut la nouvelle église de Chelles. L’église que l’incendie venait de détruire était celle à la construction de laquelle avait présidé Giselle, sœur de Charlemagne. La nouvelle église, construite sous l’administration de Florence, ne devait pas durer deux siècles et devait être détruite par le feu du ciel. Reconstruite sur le plan de l’ancienne basilique de Giselle, avec des proportions toutefois moins vastes, elle conserva autant que possible les parties épargnées par le feu. C’est une croix latine dont le sanctuaire forme la tête, la nef la longueur et le pied, et le transept les deux bras. Il y a des bas côtés. Autour du sanctuaire règne une galerie de chapelles absidiales avec des voutes surbaissées. La chapelle du chevet était sous le vocable de sainte Bathilde, où se réunissaient les membres de la confrérie érigée en son honneur. A droite et à gauche se trouvent les chapelles de Saint-Vincent, de Saint-Pierre, de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Jean-l’Evangéliste. Le déambulatoire était éclairé par de larges fenêtres basses, ornées de vitraux du treizième siècle, représentant les principaux actes de la vie du saint de chaque chapelle. Le jour arrivait d’en haut avec un second rang de fenêtres ogivales. Les deux bras du transept ont à peu près la même profondeur que le sanctuaire, c’est-à-dire deux travées de construction chacun. Au lieu d’être en droite ligne les deux pignons du nord et du midi offrent un plan oblique, d’après l’architecture du neuvième siècle , ce qui indique des restes de l’ancienne abbatiale. La nouvelle nef étant de trois travées, plus courte que l’ancienne, le portail roman était isolé dans la cour du couvent. Il a été conservé jusqu’au dix-huitième siècle et on peut en lire avec intérêts une description. Ce portail est tout à fait en demi-cercle ou anse de panier. Ce demi-cercle est subdivisé en deux. Dans l’un le sculpteur parait avoir voulu, représenter les travaux des hommes durant chaque mois et à l’autre les douze signes du zodiaque. Celui des poissons est très facile à remarquer. L’ouvrage de ce portail peut n’être que du dixième ou du onzième siècle (1). L’intérieur de cette nouvelle église est embelli de galerie à l’antique, d’un gothique grossier. Les vitrages sont colorés, comme ceux de l’abbaye de Saint-Denis ou autres églises du treizième siècle, c’est-à-dire d’un rouge très foncé. A cheval sur le milieu de la toiture de la nef s’élançait une belle flèche qui mesurait une hauteur de 200 pieds au dessus du sol. Dans le côté septentrionale de la croisée dans une chapelle dite de Saint-Eloi et de Saint-Benoît, près de l’autel, on y voit une tombe élevée de plus de deux pieds qu’on dit couvrir l’ouverture d’un caveau dans lequel est le tombeau du roi Clotaire III, fils de sainte Bathilde. Ce tombeau est plus étroit aux pieds qu’à la tête, tourné vers l’orient et par-dessous la figure d’un lion, il tient son sceptre de la main droite et sa gauche est posée sur l’agrafe de son manteau comme sont les représentations des anciens rois enterrés à Saint-Denis. Son épitaphe autour est en caractère gothique capitaux du treizième siècle. La reine l’avait fait inhumer dans l’église Sainte-Croix. On