Vingt-cinquième abbesse
1231-1250

N’étant encore que religieuse, Pétronille de Mareuil, moyennant 20 sous de rente fournis par sa famille, avait fondé un service annuel avec repas pour le repos de son âme, après sa mort.
Après son élection qui eut lieu en 1231, Pétronille se fit un devoir de faire revivre un ancien usage, en vertu duquel, à la mort d’une religieuse, l’abbaye de Chelles faisait une aumône à celle de Footel (Malnoue), et que les nonnes de cette dernière abbaye reconnurent, dans les termes les plus humbles, que cette aumône était une libéralité volontaire et non due.
Elle obtint également des chapelains de Saint-Georges un aveu semblable, à l’occasion des bâtiments qu’ils occupaient en dehors du monastère.
En 1243, un conflit s’éleva entre la communauté et les chapelains, au sujet du diacre et du sous-diacre qui servaient à l’autel les deux messes solennelles célébrées chaque jour.
Les chapelains soutenaient, non sans raison, que ces deux messes étant chantées pour relever les offices de l’abbaye, c’était à la maison d’en supporter les frais. L’abbesse, au contraire, prétendait que ces ministres devaient être une charge naturelle attachée à leur bénéfice. Pétronille se rendit aux motifs allégués par les chapelains. D’un commun accord, il fut convenu que les prêtres de Saint-Georges abandonneraient chacun cinq livres sur leurs revenus, en faveur de la communauté, à la condition que celle-ci supporterait tous les frais de nourriture et d’entretien des ministres, mais qu’ils seraient à la nomination de l’abbesse.
Ces ecclésiastiques, outre les messes solennelles, devaient encore servir toutes les messes basses des chapelains. La convention stipula, en particulier, qu’ils n’auraient aucun droit ou partage des offrandes avec le semainier. On nommait ainsi l’officiant à la messe du matin; les offrandes constituaient en un pain semblable à celui du couvent, avec une pinte de vin, mesure de Saint-Denis, par jour, et, pour la semaine, un quartier de mouton, un minot de fèves ou de pois, une pinte d’huile avec une botte d’oignons.
Et encore, nous voyons par un document de 1247, que le jour de pâques, on donnait à chaque chapelain une offrande dite raconlas, espèce de pain mollet, ou gâteau avec un quartier d’agneau.
Ces détails nous montrent que les prêtres de Saint-Georges n’étaient plus nourris par le monastère, selon la convention du « pain du chapitre » faite en 1222, par Mathilde de Corbeil; qu’ils étaient rentrés en pleine jouissance des revenus de leurs prébendes.
Pétronille fit plusieurs acquisitions entre autres elle acheta des administrateurs de l’Hôtel-Dieu de Gonesse toutes les dîmes qui sont entre Mitry et le Tremblay moyennant qu’elle leur paierait tous les ans trois muids de blé.
En 1246, un chanoine de Saint-Georges, Laurent de Mitry, lui fit don d’un arpent de pré.
Elle acquit encore la propriété de plusieurs maisons situées à Crécy, en vendit une à l’hôtel-Dieu de Chelles et conclut en 1248 un accord avec le chapitre de Meaux, touchant les dîmes de Coulombs et de Germigny.
A la prélature de Pétronille Ière, en 1238, se rapportent plusieurs fondations d’obits et notamment la fondation par Mathilde, comtesse de Boulogne et de Dammartin, d’une lampe ardente qui devra brûler jour et nuit, devant l’autel Saint-Georges, pour le repos de son âme et de l’âme de son défunt mari, Philippe de France, comte de Clermont en Beauvoisis, surnommé Hurepel ou le Rude, second fils de Philippe-Auguste.
La sage prévoyance qu’avait montrée Pétronille de Mareuil au début de sa prélature, lui fit défaut sur la fin. Une bulle d’Innocent III, adressée à Marie de Néry , portait défense aux religieuses de posséder des revenues privés. Pétronille eut la faiblesse de se prêter au renouvellement de cet abus.
Deux sœurs Elisabeth et Éloïse, avaient reçu de leur famille une somme de 36 livres 10 sous pour en disposer selon leurs désirs. Fidèles à leurs vœux, les religieuses vinrent mettre cette somme aux pieds de l’abbesse. Celle-ci, touchée de cet acte, voulut les récompenser en leur accordant, leur vie durant, chacune 20 sous de rente à prendre sur la terre de Coulombs.
Herbert de Gossenville, chanoine et chapelain de l’évêque de Paris, obtint une permission semblable pour ses deux nièces Émeline et Marie. On leur partagea annuellement 30 sous de rente , dont le fonds revint à la mense abbatiale après leur mort.
Pétronille Ière mourut au mois de juin 1250 et fut remplacée par Mathilde V de Nanteuil.
Elle portait pour armes de gueules au chef d’or le tout chargé d’un lion d’azur, avec lampasse et couronne d’or.
Abbé J. DEGOUT, notice sur les abbesses de Chelles.
(DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326).
(BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques)
(L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)