Vingt-sixième abbesse.
1250-1274.

Mahaut ou Mathilde V doit son origine à la petite ville de Nanteuil au diocèse de Paris. Elle eut deux frères Jean et Radulfe (Raoul) de Nanteuil. Le premier devint évêque de Troyes et le second évêque de Beauvais. Elle avait aussi deux nièce que laissa un frère aîné, l’une épousa Radulfe de Préaux seigneur de Renneval et l’autre s’étant rendue religieuse à Chelles en devint abbesse après sa tante.
Avant d’être élue abbesse Mathilde remplissait les fonctions de prieure. La charge de prieure est d’une certaine importance dans la direction spirituelle et temporelle d’une communauté.
Élue abbesse, Mathilde était d’une capacité peu commune dans les affaires les plus importantes, vertueuse, vigilante pour le droit de la maison, zélée pour l’observance des anciennes pratiques ; mais, en plusieurs circonstances, elle oublia sa qualité de Mère, écoutant trop son penchant à l’autorité absolue, despotisme toujours dangereux quand il n’est pas tempéré par les sentiments de la tendresse du cœur et de la discrétion. On rapporte qu’elle se faisait obéir avec une autorité trop rigoureuse, et qu’elle exigeait des satisfactions au-delà des délits.
Les moines de Chelles, qui formaient ce que l’on appelait la Congrégation de Saint-Georges, ayant eu la prétention de faire dans les bâtiments qu’ils occupaient, certains actes de propriétaires, trouvèrent chez la nouvelle abbesse la même résistance qu’ils avaient autrefois rencontrée chez Mathilde IV. A la demande formelle de l’abbesse, les moines reconnurent qu’ils n’avaient aucun droit de propriété sur les bâtiments en question ; qu’ils en avaient uniquement la jouissance en vertu d’une faveur spéciale.
Jean Saradin, curé de Saint-Georges avait célébré quelques mariages sans la permission de l’abbesse. Mathilde exigea qu’il lui demandât pardon en présence de l’évêque de Thérouanne et de quelques autres personnes.
Frère Gilbert, chargé du soin d’administrer l’Hôtel-Dieu, avait semé la division autour de lui, en outre il avait adressé des plaintes à l’évêque de Paris sans la permission de l’abbesse. Celle-ci, sans avoir égard aux sollicitations du même évêque de Thérouanne, qui priait Pétronille d’épargner à frère Gilbert une humiliation, condamna ce dernier à jeuner au pain et à l’eau pendant trois jours et lui retira les clefs de l’Hôtel-Dieu.
l’hôtel-Dieu, dont il vient d’être question , a été peu connu.« je ne l’ai pas trouvé , dit l’abbé Lebeuf, dans le catalogue des maisons-Dieu exemptes en 1351. En cette année-là , c’était la léproserie de Gournay qui servait pour les malades de Chelles. Il y avait cependant un hôpital à Chelles. La chapelle de cet hôpital , du titre de Saint-Michel, avait été détruite par les guerres ». Un plan des biens de la famille Trinquand relevé par Nicolas Mottet, maître d’école en 1750, indique plusieurs pièces de terre appartenant à cet Hôtel-Dieu, entre autres deux pièces de vigne données par Collet, de Pomponne , en 1249, et dont le titre se trouve aux archives départementales.
Dom Placide Porcheron qui rapporte ces actes de rigueur, ajoute que Mathilde faisait rendre la justice avec sévérité, mais avec exactitude, et partageait libéralement les amendes entre sa communauté et les officiers de justice.
Cependant, dans les causes les plus graves, comme les pillages, les vols considérables et les meurtres, elle renvoyait les accusés devant le maire et les jurés.
A cette occasion, dom Porcheron énonce un titre de 1247, duquel il résulte que l’abbaye de Chelles avait coutume de donner tous les ans, le jour de Pâques, au desservant de Saint-Georges, une galette avec un quartier d’agneau.
Le Gallia Christiana et dom Porcheron reprochent à Mathilde d’avoir permis que ses religieuses reçussent des pensions dont elles pussent disposer à leur volonté. Dom Porcheron en cite même deux exemples, et considère, avec raison, que cette tolérance était préjudiciable à la discipline et qu’elle était la source des plus grands abus. Son caractère ferme et rigide étant connu, on s’étonne que Pétronille ait autorisé cette infraction à la règle.
En 24 années de sa prélature, Mathilde enrichit le monastère de plusieurs acquisitions :
1250, Mathilde conclut une transaction avec Nicolas Regnault et Hugues de Pomponne sur le droit de minage, rouage, tonlieu et autres coutumes. l’acte est scellé du sceau de Nicolas de Pomponne, écuyer.
1254, Henri comte de Grand Pré, donne 20 sous de rente à percevoir sur le passage de Bondy, en reconnaissance des prières faites par la communauté pour son fils qu’il venait de perdre.
1256, l’abbesse signe une convention passée entre sa maison, le procureur fiscal et les habitants de Chelles.
1257, Tous les revenus et profits des chanoines sur la paroisse Saint-Georges sont acquis à la mense abbatiale.
Cette église tombait en ruine, les bâtiments occupés par les ecclésiastiques étaient délabrés. Une reconstruction totale était devenue indispensable.
Mathilde pris à sa charge tous les travaux de réparation, l’entretien des objets nécessaire au culte, sous la condition qu’elle prélèverait tous les revenus de la paroisse.
En outre chaque chanoine s’engagea à lui payer 40 sous et chaque clerc 20 sous annuellement. En trois années, l’église et les logements des chapelains furent réédifiés.
Depuis cette époque, les chanoines, les clercs et le chefcier de la paroisse tombèrent dans une absolue dépendance des abbesses.
1262, Mathilde achète de Thibault de Fontenelle la seigneurie, les terres et les droits qu’il possède à Montfermeil, moyennant la somme de 87 livres. Onze ans après , Guillaume de Baron se rendit propriétaire de ce domaine. Cependant la seigneurie est toujours restée comme mouvance en plein fief de l’abbaye de Chelles.
1262, Raoul de Gournay cède au monastère une maison tenant au cimetière de l’abbaye et à la chapelle Saint-Michel.
1263, Mathilde achète les biens dont jouissaient Bertrand et Nicolas des Prés, à Neuilly, en Beauvoisis. dans cette acquisition, elle prive ses successeurs du droit d’aliéner ce domaine pour quelle cause que ce soit. Les abbesses jureront sur les Saints Évangiles de garder fidèlement toutes les clauses du contrat notamment celles qui regardent le soulagement des malades, la nourriture et l’entretien des religieuses. Fidèles à ces engagements sacrés, le monastère conserva cette propriété jusqu’à la Révolution.
1265, la communauté acquiert de Guillaume Blondel et de Guillaume de Moucy les biens et les droits qu’ils possédaient sur la métairie de Baron, fief de l’église de Chelles, ainsi qu’un autre fief sis à Chelles et appartenant au seigneur de Pomponne.
En cette même année, Mathilde, pour agrandir l’enclos du monastère se rendit propriétaire d’une maison voisine, avec ses dépendances. Cette acquisition, faite à l’amiable, lui attira quelques désagréments. Le chef de la famille, un nommé Publius, mécontent du marché fait avec l’abbesse, à cause du bas prix qu’elle avait payé, porta plainte devant la justice.
1265, Renaud de Fequenpez et Perrenelle sa femme font donnation à l’abbaye d’une maison sise à Chelles et connue sous le nom d’Hôtel de Féquenpez.
12 mars 1269, saint Louis approuve les privilèges, droits et possessions que les rois de France ses prédécesseurs ont accordés au monastère, ainsi que l’amortissement des biens de l’Hôtel Dieu.
1270, Le moulin de Marivaux est cédé à l’abbaye par Amaury de Meulant, seigneur de la Queue.
1270, Mathilde signe l’acquisition d’un pré que le chapitre de Beauvais lui vend et qu’il possédait à Neuilly, près de Clermont. L’évêque de Senlis lui permet la construction d’une petite chapelle pour y faire ses dévotions pendant son séjour au domaine de Baron. Elle y tomba malade. La pensée de la mort lui suggéra le projet de fonder un anniversaire pour le repos de son âme. Elle put cependant revenir à Chelles.
Charte par laquelle Guillaume de Montfermeil donne à sa fille Mathilde, religieuse à Chelles, un arpent de vigne, réversible à l’infirmerie de l’abbaye après la mort de la donatrice.
Charte par laquelle l’évêque de Meaux attribue à l’abbaye de Chelles les novales de Mitry.
Charte par laquelle Hugues de Chatillon, qui avait succédé à Gaucher III son père, dans la châtellenie de Crécy-en-Brie, confère aux religieuses de Chelles toute la justice sur la terre de Villiers-sur-Morin.
Par cette charte, Hugues de Chatillon confirmait et complétait au besoin la donation faite par son père, en 1205, sous l’administration de l’abbesse Marie II.
Mathilde de Nanteuil mourut le 16 avril 1274. On voyait son tombeau devant l’autel Saint-Eloi tout proche de celui de Clotaire III.
Elle portait pour armes : De gueules, semé de fleurs de lis d’or.
(DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326).
(BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques)
(L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)