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Vingt-septième abbesse

1280-1311

On apprend par des lettres du Roi Philippe le Hardi datées du vendredi avant les brandons (1er dimanche de Carême) qu’après la mort de Mathilde de Nanteuil, le siège abbatial de Chelles resta plusieurs années vacant.

D’après la charte royale, datée de 1281, ce ne serait pas que le siège abbatial seulement  qui serait resté vacant, mais l’abbaye toute entière qui aurait été abandonnée.

« Philippe par la grâce de Dieu roi des Français  à tous nos baillis, prévôts et justiciers salut. Nous avons appris que l’abbaye de Chelles étant restée longtemps vacante et, quoique des gardiens eussent été préposés par nous pour la conservation de ses droits, de ses possessions et de ses biens, les dits gardiens ont permis que ces droits et  possessions fussent usurpés. C’est pourquoi nous vous mandons que vous fassiez remettre l’abbaye en possessions et saisine  de tous ses biens en l’état où ils étaient, lorsque, par la suite de la vacance de ladite abbaye, nous les avons pris sous notre garde… Fait à Paris le vendredi avant les brandons l’an du seigneur mil deux cent quatre-vingt-un ».

De cette charte royale il résulte que le monastère de Chelles, évacué par ses habitants, était resté vacant pendant un certain temps. En effet on n’aurait pas eu besoin d’y placer des gardiens s’il n’avait pas été complètement abandonné.

Une ordonnance royale enjoignit à tous particuliers qui se seraient emparés des biens, privilèges et autres droits du monastère, de les restituer sans délai. Le prince envoya des gardes royaux chargés de faire exécuter ses volontés bienveillantes envers le couvent et de le protéger envers les malfaiteurs.

Adeline de Nanteuil que l’on dit nièce de Mathilde fut élue vers 1280, s’acquit une grande réputation d’activité, de sagesse et de régularité.

Simon, évêque de Paris, lui confia deux de ses nièces et supplia de les admettre au nombre de ses religieuses si elles en avaient les qualités requises.

Pierre évêque de Senlis lui permit, en 1292, de dire la messe dans sa chapelle de Baron et d’y célébrer l’office divin quand elle y serait avec quelques unes de ses religieuses.

Cette réputation de l’abbesse Adeline lui attira la confiance de plusieurs seigneurs et des bienfaits pour sa maison. Raoul de Préaux seigneur de Renneval et sa femme Pétronille de Nanteuil, sœur de l’abbesse, la fréquentaient souvent, y ayant une fille religieuse sous la conduite de sa tante. Ils se servirent de Pierre de Mitry, chapelain de Saint-Georges pour proposer la donation d’une maison et de 45 arpents de terre qu’ils avaient acheté au territoire de Chelles. Ils apposèrent des conditions sur le produit annuel de ce fond: on en donnerait 6 livres à la prieure pour l’achat des amandes à Lagny , que l’on distribuerait à toutes les religieuses, 20 sols à la trésorière pour qu’elle fournisse des cierges qu’elle ferait allumer à toutes les grandes messes pendant l’élévation, 20 sols pour l’augmentation de quatre cierges aux services et enterrement des religieuses, de 6 sols à ceux des officiers de la maison et que le restant serait appliqué pour l’acquit d’un anniversaire pour le repos des âmes des bienfaiteurs.

Les clauses de cette donation rappelèrent à l’abbesse Adeline et à sa communauté l’ancien usage que l’on observait à la mort de chaque religieuse. La coutume était que l’on donnait aux pauvres toute la dépense annuelle de la religieuse décédée tant en nourriture qu’en entretien, et ce pendant un mois seulement et avec une trentaine de messes C’est ce que l’on appelait une prébende. Elle proposa à la communauté de rétablir l’ancien usage : une messe quotidienne sera célébrée à l’intention de la religieuse défunte ; le prêtre chargé de la dire logera dans les dépendances extérieures de la maison, et, à la prébende de la défunte qui lui sera servie pour ses besoins, on ajoutera deux mesures de vin par jour. Et il fut ajouté que dans le cas d’un double décès dans l’année, l’occurrence sera toute au profit des pauvres.

Laurence d’Othis veuve de Guillaume de Clignet, chevalier avait trois filles religieuses à Chelles, Alix, Jeanne et Marguerite et en les visitant elle s’édifia de la ferveur avec laquelle on s’acquittait du devoir de l’office divin. Elle voulu y participer en donnant à l’abbaye 250 livres pour attirer sur elle et sur sa famille les bénédictions du ciel. La communauté reconnaissante du bienfait s’engagea à une grande messe des défunts. Pour cette intention elle chargea un prêtre de la dire à la chapelle Sainte-Bathilde. On trouva un fonds de 12 livres 10 sols de rente pour son entretien.

Mathieu de Roy avait également plusieurs filles religieuses à Chelles. L’abbaye ayant quelques arpents de vigne dans le Gâtinais,  Il concéda « un buffet de vin » au profit de la communauté. Le « buffet de vin » était un droit seigneurial de vendre du vin moyennant certains privilèges. Cette concession fut toute gracieuse et libre de toute charge. Elle produisait 12 livres 10 sous.

On trouve encore, parmi les religieuses de Chelles en ce temps ci, Éléonore de Melun de l’ancienne maison de ce nom. Son père Jean de Melun maréchal de France et grand chambellan, rendit de grands services au roi Philippe V dit le Long.

Si l’on en juge par quelques uns de ses actes, l’administration d’Adeline n’aurait pas été inutile pour l’abbaye.

C’est Adeline qui provoqua l’enquête de 1286 de laquelle il résulte que l’abbesse de Chelles y a la haute justice. C’est également sous son administration que fut complété l’acquisition du fief de Pomponne.

Suivant les énonciations du vieux cartulaire, Adeline aurait acquis des Templiers certains cens que ces derniers possédaient à Chelles.

Avant de mourir, Adeline n’oublia pas de faire une fondation pour le repos de son âme. Elle avait reçu de sa famille la somme de 200 livres. Elle acheta 42 arpents de bois et en retira un revenu de 10 livres par an consacrées à la célébration d’un service annuel le jour de sa mort pour le repos de son âme. Elle ordonna qu’en ce jour, chaque religieuse qui y assisterait et le prêtre qui le célèbrerait recevraient un denier et que le restant des dix livres soit distribué aux présents à l’office divin le jour de l’assomption de la Sainte-Vierge, défendant de n’en rien donner aux absents.

Adeline mourut en 1311, laissant une grande réputation de sagesse, d’activité et de régularité. Cette réputation lui mérita la confiance de Simon évêque de Paris qui envoya ses deux nièces religieuses à Chelles.

A cette époque, la France, en guerre avec l’Angleterre et la Flandre, éprouve de grands embarras financiers. D’une note qui se trouve dans l’inventaire des titres du couvent, il résulte que les religieuses de Chelles durent participer aux réquisitions opérées par le gouvernement pour payer les frais de guerre « sans préjudice toutefois des privilèges de l’abbaye et de ses sujets ».

En effet l’histoire nous apprend que les abbesses, comme tous les possesseurs de terres, étaient soumises aux réquisitions du ban et de l’arrière-ban ; mais comme elles n’étaient pas aptes à faire en personne le service des fiefs qu’elles possédaient, elles se rédimaient de leurs devoirs féodaux en fournissant au roi un certain nombre d’hommes, de chariots ou de sommiers. Vers le quatorzième siècle, ces prestations en nature furent converties en contributions pécuniaires que le gouvernement imposait à chaque abbaye suivant son importance.

(DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326).

 (BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques)

(L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)