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Trente-neuvième abbesse.

1429-1475

Marie de Cléry fut remplacée par Isabelle de Pollye.

En cette même année 1429,  un concile fut tenu à Paris pour la réformation des mœurs du clergé. Dom Porcheron ajoute « qu’on aurait dû commencer par réformer ceux qui demandaient la réforme ». Ce concile qui se tint du 1er mars au 23 avril 1429 fit de nombreux règlements concernant les devoirs et les mœurs du clergé.

L’administration d’Isabelle qui ne dura pas moins de 46 ans, embrasse le règne de Charles VII et la plus grande partie de celui de Louis XI.

Isabelle vécut en mauvaise intelligence avec les archidiacres successifs de Paris et même avec l’évêque de Paris.

Informé du relâchement de la règle qui régnait dans le monastère de Chelles, jean de Beauveau qui fut plus tard évêque d’Angers et qui pour lors était Archidiacre de Paris, prévoit une visite à Chelles. Quoiqu’elle soit conforme aux vœux exprimés par le concile de Paris, cette visite est considérée par l’abbesse comme attentatoire aux privilèges de l’abbaye. Isabelle adresse une plainte au tribunal des requêtes de Paris et obtint un arrêt qui interdit la visite. Mais Jean de Beauveau s’obstine et trouve porte close en arrivant à Chelles.

Jean Jouvenel qui succède à Jean de Beauveau dans le grand archidiaconat de Paris procède d’une façon plus insinuante. Il se rend à Chelles et demande à parcourir la maison par pur curiosité. Puis après en avoir exploré la plus grande partie, déclare que sa visite est faite.

L’archidiacre avait donc usé de ruse et ne s’était introduit dans le monastère qu’en trompant la confiance des nonnes. Ces dernières déclarèrent qu’une pareille visite n’était pas canonique.

Jean Jouvenel a pour successeur un conseiller clerc au parlement de Paris, nommé Hallé. Ce nouvel archidiacre répand sur la conduite d’Isabelle et de ses nonnes les bruits les plus outrageants et les déclare frappées d’excommunication.

L’archidiacre  Hallé se trouvait démenti par lui-même car il consentait  que « Guillemette Le Camus, religieuse de Chelles, fût pourvue de l’abbaye d’Hières et lui donnait la bénédiction solennelle ».

Vers la fin de sa vie, l’abbesse Isabelle eut encore une contestation avec l’évêque de Paris, Louis de Beaumont. Il s’agissait du droit de présentation à la cure de la paroisse Saint-André de Chelles :

En 1474, messire Noël Le Picard est curé de Chelles. Suite à son décès, la Dame de Chelles, usant du droit de présentation qui lui appartenait en qualité de patronne de l’église paroissiale du lieu, avait présenté, pour remplir les fonctions curiales, messire Denis Charron. Mais l’évêque de Paris prétendant avoir la collation plénière de la dite cure ainsi que tous les bénéfices, cures et église de son diocèse avait conféré la cure de Chelles à Me Pierre Leroux qui de son côté prétendait prendre tous les fruits et bénéfices de la dite cure.

L’évêque de Paris et messire Leroux  contestèrent les pouvoirs de  l’abbesse et Denis Charron devant le parlement de Paris. L’abbesse soutenant que dès 1202, le seigneur de Pomponne qui, pour lors, était l’héritier du fondateur de la dite église, avait cédé à la Dame de Chelles le droit de patronage et de présentation. L’évêque prétendant que, depuis si longtemps qu’il n’y avait mémoire du contraire, il avait conféré librement la dite cure.

En présence du refus de l’évêque, Denis Charron s’est rendu par devers l’archevêque de Sens qui était le supérieur de l’évêque, en avait obtenu la collation demandée, puis selon le droit et la coutume avait été mis en possession et saisine de son bénéfice par l’archidiacre.

Toute l’administration d’Isabelle s’absorba dans la chicane d’une procédure contre la juridiction épiscopale.

Les épreuves ecclésiastiques que l’abbesse eut à soutenir depuis le commencement de son gouvernement ne la rendirent point moins attentive aux intérêts de sa maison. Elle obtint plusieurs arrêts du parlement de Paris qui la maintenaient et la conservaient dans la possession libre des grosses et menue dîmes et dans les droits d’entrées de ses vins et autres nécessités de la vie.

Dom Porcheron dit : « Il aurait été plus glorieux à la mémoire de l’abbesse Isabeau de Pollye de veiller plus attentivement à la discipline régulière de son monastère et à y recevoir un nombre de sujets capables d’en soutenir le poids et d’en perpétrer la bonne odeur que de consommer son long gouvernement en procédures dissipantes, pleine d’oublis de ses devoirs et toujours dispendieuse ».

(DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326).

 (BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques)

(L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)