Trente-sixième abbesse.
1399-1414.
Jeanne III mourut en 1399 et fut remplacée par Agnès II de Neuville, laquelle était de noble extraction disent les auteurs du Gallia Christiana . Un de ses parents était huissier d’armes du roi Charles VI.
La nouvelle abbesse n’éprouva que des calamités, car elle eut non seulement à subir les mauvais traitements des gens de guerre et les exactions des collecteurs, mais elle eut encore la douleur de voir son abbaye presqu’entièrement détruite par un incendie que le feu du ciel avait allumé (la foudre).
Les gens de guerre commettaient journellement des actes de violence et de dévastation si odieux que nos religieuses trop exposées, prirent la décision de se réfugier à Paris. Pendant leur absence, les gens de guerre dévastèrent les bâtiments que le dernier incendie avait épargnés, renversèrent les clôtures et firent subir aux gardiens du monastère des molestations de tous genres.
De retour à Chelles, nos religieuses trouvèrent leur couvent saccagé et leurs revenus confisqués. Les collecteurs des subsides ne sachant à qui s’adresser avaient saisi les revenus de l’abbaye.
Après avoir obtenu la gestion libre des revenus de l’abbaye avec la protection de la reine Isabelle de Bavière qui se trouvait pour lors à Melun, Agnès II s’efforça de mériter la protection du ciel en instituant l’aumône des 600 pains que l’on nommait aussi la donnée de Sainte-Bathilde.
En 1411, la situation de la France ne s’étant pas améliorée, les Chellois étant sans cesse exposés aux incursions de la racaille des robeurs et pilleurs, les Chellois comprirent que ce qu’ils avaient de mieux à faire était de se protéger eux-mêmes et de mettre leur ville en état de défense. Avec le concours des abbesses et couvent de Chelles, ils adressèrent au roi une nouvelle requête par laquelle, après avoir exposé leur détresse, ils déclarèrent : qu’ils étaient prêts et appareillés à mettre et consacrer la plus grande partie de leur chevance (revenus fonciers) à la fortification de leur ville, à vaquer hâtivement et dans le plus bref délai que faire se pourrait à tous les travaux que la dite fortification exigerait. En conséquence ils requéraient que le dit roi voulût bien leur donner licence et congé de fortifier à leurs frais et dépens le mieux et le plus convenablement qu’ils pourraient leur dite ville de Chelles.
Charles VI obtempéra aux vœux des Chellois et désirant, de tout cœur, son povre peuple être gardé et observé de toutes oppressions, donna et octroya aux religieuses, manans et habitants de la ville de Chelles, congé et licence de fortifier et emparer la dite ville de fossez, murs, portes et de toutes autres choses à ce nécessaires (lettres patentes du 17 mars 1411)
Les travaux de cette nature, exécutés aux frais des habitants, devaient provoquer des protestations assez vives. En effet, tous les chefs de famille devant y contribuer en proportion des biens qu’ils possédaient dans l’enceinte de la ville, il était nécessaire de procéder à des expertises, à des évaluations, pour fixer la part contributive de chacun.
Ces fortifications consistaient en un fossé creusé autour de la ville dont chaque issue serait garnie d’une porte que l’on fermerait en temps de guerre, lorsque l’on redouterait une surprise. Ont-elles existé ? Je ne saurais l’affirmer.
Nos religieuses, à forces de quitter l’abbaye et y revenir quelques mois plus-tard, avaient contracté des habitudes peu conformes à la vie monastique et étaient tombées dans le relâchement. Dans ces circonstances, l’évêque de Paris, sans se concerter avec l’abbesse, crut devoir indiquer une visite épiscopale à Chelles. Mais Agnès, considérant qu’il aurait pour effet de rendre ses religieuses suspectes, fit signifier à l’évêque une protestation formelle, lui déclarant qu’il avait été trompé par des rapports mensongers ; qu’aucun délit n’avait été commis dans l’abbaye ; que la visite épiscopale ne pouvait donc avoir que des inconvénients.
A la protestation d’Agnès, l’évêque répondit par une ordonnance de visitation qu’il fit immédiatement placarder sur un des piliers de l’église conventuelle et publier au prône des églises paroissiales des environs.
L’administration d’Agnès II prit fin à sa mort en 1414.
(DOM PORCHERON, bibliothèque diocésaine de Meaux, TR 436.34. 326).
(BERTHAULT, l’abbaye de Chelles, résumés chronologiques)
(L’ABBÉ C.TORCHET, Histoire de l’abbaye royale Notre-Dame de Chelles)